À PARAÎTREIls ont bouffé Los Angeles – Roman jeunesse drôle, tome 2
Un an après Paris, Glouby est devenue une star. Un producteur américain veut faire un film de son histoire. Deux cents millions de dollars, des effets spéciaux, six semaines à Los Angeles, tout payé. Lucas, Léa et Le Bison sont invités comme consultants. Glouby aussi, bien sûr. Mais quelque chose cloche : un hangar sous cadenas, un gardien qui ne dort pas, une odeur que Glouby reconnaît. Quand la chaleur de Californie s’en mêle, trois cent quatre petits Gloubins éclosent en une soirée. Plus rapides, plus durs, et affamés dans la ville des supermarchés géants. L’armée tire. Le président inaugure une arme secrète… à l’envers. Et seule une idée de gamin, un moulin à poivre et une vieille dame de quatre-vingt-quinze ans avec une canne pourront peut-être sauver la ville. Un roman d’aventure drôle et rythmé, avec des monstres, des militaires dépassés et un enfant qui refuse de laisser tomber son amie.
Ce livre raconte des faits qui se sont réellement produits.
Les noms n'ont pas été changés. Les lieux non plus. Les chiffres sont exacts.
Le studio concerné a longtemps demandé que cette histoire ne soit pas publiée.
Il a fini par accepter, à une condition : que le lecteur sache une chose.
Aucun effet spécial n'a été utilisé.
Aucun.
Un an avait passé.
Un an depuis l'école, la cave, le camion, Bercy. Un an depuis que Paris avait senti la gelée verte pendant six semaines et que plus personne n'avait osé remanger de gélatine.
Lucas avait douze ans maintenant. Il était en sixième. Il avait un cartable neuf, un emploi du temps trop chargé, et un professeur de sciences qui refusait catégoriquement de parler de chimie devant lui.
Et tous les mercredis après-midi, il traversait le zoo par la porte de service.
— Bonjour, Lucas, dit le gardien.
— Bonjour, monsieur Rachid.
— Elle t'attend. Elle est réveillée depuis midi, elle regarde la porte.
L'enclos de Glouby était le plus visité du parc.
Il fallait faire la queue quarante minutes pour y accéder, parfois plus le week-end. Il y avait une passerelle en bois, une grande baie vitrée, et un distributeur de pommes à un euro cinquante, avec un panneau très clair : TROIS POMMES PAR PERSONNE. PAS PLUS. ON SAIT POURQUOI.
Lucas ne passait pas par la passerelle.
Il poussa la porte du fond, celle qui donnait directement dans l'enclos, et il entra dans l'herbe.
Glouby dormait sur le vieux matelas de gym.
C'était le même. Celui de la cave de l'école. Lucas avait insisté, à l'époque, et le directeur du zoo avait fini par envoyer un employé le récupérer dans les décombres. Il était troué, moisi sur un coin, et absolument irremplaçable.
Elle faisait maintenant deux mètres dix de long.
Elle avait cessé de grandir six mois plus tôt, quand les vétérinaires avaient enfin trouvé la bonne quantité de nourriture — ni trop, ni trop peu. Ils avaient publié un article scientifique là-dessus. L'article s'appelait Régulation alimentaire chez un spécimen unique. Lucas l'avait lu. Il avait trouvé qu'ils compliquaient beaucoup une chose très simple.
Il s'assit sur le matelas.
Une oreille bougea. Puis un œil s'ouvrit. Puis toute la grosse masse grise se retourna d'un coup, avec un enthousiasme qui faisait trembler le sol, et cent soixante kilos de créature vinrent lui écraser les jambes.
— Aïe. Bonjour à toi aussi.
Glou.
Elle posa sa tête sur ses genoux et attendit.
Elle attendait toujours la même chose.
Lucas sortit une pomme de sa poche.
Glop.
— C'est tout ce que t'as le droit d'avoir. Tu le sais.
Elle le savait parfaitement. Elle réclamait quand même, tous les mercredis, avec une insistance de professionnelle.
Il resta là un long moment, la main enfoncée dans la fourrure grise, à ne rien dire du tout.
Il était presque quinze heures trente quand M. Rachid revint.
Il n'était pas seul.
— Lucas ? Il y a quelqu'un qui veut te parler. Il est là depuis deux heures. Il a demandé au directeur, il a demandé à l'accueil, il a demandé à moi. Il ne part pas.
Derrière lui, sur la passerelle, un homme attendait.
Il portait un costume beige très clair, des lunettes de soleil à l'intérieur du bâtiment, et des chaussures qui n'avaient jamais vu de terre de leur existence.
Il fit un grand sourire et descendit dans l'enclos, ce qui était formellement interdit.
— Lucas Berger ! dit-il en français, avec un accent américain épais comme du sirop. C'est un honneur. Un immense honneur.
— Vous êtes qui ?
— Marty Krell. Producteur.
Il tendit une carte de visite. Lucas la prit sans la regarder.
— Producteur de quoi ?
— De films, mon garçon. De très gros films.
Il fit un pas vers Glouby, la main tendue.
Glouby ouvrit la bouche.
M. Krell retira sa main très vite.
— Fin de l'extrait —

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