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Les GardiensJEUNESSE

Les Gardiens

La Sphère d'Amazonie – Un roman d'aventure et de mystère pour les 9-13 ans

Sam a 12 ans et il est le deuxième meilleur joueur de jeux vidéo au monde. Mais cet été, son père l'emmène au cœur de la jungle de Guyane, dans une base scientifique coupée du monde. Pas de Wi-Fi. Pas de réseau. Seulement trois inconnus : Clara, l'astronome au carnet rouge, Raphaël, qui connaît chaque secret de la forêt, et Émile, l'apprenti scientifique qui a peur de tout. Chaque nuit, dans les sous-sols interdits, un vieux récepteur capte un battement. Lent. Régulier. Comme un cœur qui bat depuis des milliers d'années. Les adultes savent quelque chose. Ils le cachent. Alors les quatre enfants partent chercher la vérité eux-mêmes. Marécage, cascade, canyon, pyramide oubliée, labyrinthe qui bouge… Au bout du voyage, un secret qui va changer leur vie. Et des ennemis prêts à tout pour s'en emparer. Une aventure haletante sur l'amitié, le courage et le monde réel, bien plus fascinant que n'importe quel écran. Tome 1 de la série Les Gardiens.

ROMAN JEUNESSE
AVENTURE
MYSTÈRE
9-13 ANS

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Chapitre 1 – Écran noir

L’écran de Sam Tracker afficha soudain une alerte rouge flamboyante : « WARNING – FLOTTE EN APPROCHE ».

Ses doigts ne quittèrent pas les commandes. Ils dansèrent sur le clavier avec une rapidité que seule une année d’entraînement intensif pouvait offrir. La finale mondiale de Space Conquest VI atteignit son paroxysme dans la chambre obscure de l’adolescent, éclairée uniquement par la lueur bleutée de son écran. Des posters de vaisseaux intergalactiques et de planètes lointaines tapissaient les murs. Sur son bureau, un fouillis de câbles, de manettes et de paquets de chips vides témoigna d’une semaine de préparation acharnée.

Sam serra les dents. L’adversaire, un Coréen connu sous le pseudonyme de « FoudreNoire », venait de déployer une manœuvre qu’il n’avait jamais rencontrée. Trois croiseurs ennemis contournèrent sa défense par l’ouest.

— Pas aujourd’hui, murmura-t-il.

Il activa la touche de raccourci qu’il avait programmée la veille. Un barrage de missiles ioniques jaillit de ses tourelles. L’écran trembla. Le chat du jeu explosa de commentaires élogieux. Sam ne les lut pas. Il se concentra. La flotte de FoudreNoire recula. Sam avança. Il sentit la victoire à portée de main. Encore trente secondes, et le titre mondial lui appartiendrait.

De l’autre côté de la porte, dans le salon, la voix de son père s’éleva, tendue. Une autre voix, déformée par un haut-parleur, lui répondit.

— Ici la base de Guyane. Le moteur ne répond plus. Vous voyez la même chose ?

— Oui, répondit Marcus. La parabole dérive. Si on ne corrige pas l’angle dans les dix minutes, elle va dépasser la butée. Le radiotélescope va s’endommager.

Sam reconnut cette voix. C’était celle qu’il prenait quand quelque chose le dépassait. Mais aujourd’hui, ce n’était pas seulement son père. C’était aussi ce grésillement, ces voix lointaines qui lui vrillaient les tympans.

— Essaie de reprendre la main en local, dit l’ingénieur guyanais.

— Je fais ce que je peux, ça ne répond pas.

Sam serra les dents. Le bruit des haut-parleurs le déconcentrait. Il rata une parade. Son vaisseau encaissa un tir.

— Tu peux baisser, là ? cria-t-il sans lever les yeux.

Personne ne l’entendit.

— Passe en manuel ! ordonna l’autre voix.

— J’y suis, ça ne suffit pas. La dérive ralentit à peine.

Sam plaça une salve de missiles, mais son esprit était à moitié ailleurs. Les voix continuaient, hachées, urgentes.

— Essaie de désactiver la boucle de recalibrage, lança-t-il, agacé.

— On a déjà un code, dit le technicien. RECAL_LOOP – 1220.0. Il est dans la procédure.

Marcus pianota.

— Rien. Le signal ne bouge pas.

— Alors c’est un mauvais code, répondit Sam.

— T’as mieux ? grésilla le technicien.

Sam frappa une touche de son clavier, sans quitter son écran des yeux. Il venait de perdre un deuxième bouclier.

— Dans Space Conquest VI, quand un vaisseau dérive à cause d’un moteur secondaire qui s’emballe, on utilise un code de recalibrage d’urgence. RST_SEQ – 5280.X.

Marcus leva les sourcils, même à travers la porte Sam le devina.

— C’est un code de jeu vidéo.

— C’est un code logique. La fréquence de base, c’est 5280. Le X, c’est le seuil de tolérance. Là, avec la dérive, il faut monter à 5280.7.

Le technicien soupira.

— C’est pas standard. Il peut planter.

— Il va planter si tu fais rien, répondit Sam, les doigts toujours en pleine action. La parabole n’attend pas.

Marcus pianota. Un message d’alerte s’afficha.

— Le système refuse.

— Force l’exécution, dit Sam.

— Il n’a pas les droits, dit le technicien.

— Si, répondit Marcus. Je viens de les prendre.

Il valida. Pendant quelques secondes, plus aucun bruit ne vint du salon. Juste le grésillement du haut-parleur.

Sam retint son souffle.

La courbe rougeonda, hésita, puis descendit brutalement. La parabole ralentit, s’arrêta, puis se recalibra.

Un message vert apparut : « RST_SEQ 5280.7 – CALIBRATION STABLE »

Marcus souffla.

— … Ça a marché.

— Pas mal, le gamin, grésilla le technicien.

Sam n’eut pas le temps de répondre. L’écran de son jeu vira au rouge. Une explosion virtuelle emporta son dernier vaisseau. Il avait oublié FoudreNoire.

« DEFEAT. FoudreNoire remporte la finale mondiale. »

Sam resta immobile. Il regarda le classement défiler. Son nom, « Xyborg », descendit à la deuxième place mondiale. Tout ce travail, toutes ces nuits blanches, cette stratégie affinée pendant des mois… réduite à néant par un radiotélescope qui dérivait et un coup de fil de la Guyane.

Il frappa du poing sur son bureau. La manette sauta.

La porte s’entrouvrit. Marcus passa la tête.

— Désolé pour la finale, Sam.

— Ce n’est pas ta faute, grogna Sam. C’est ce bruit, ces voix, ce grésillement…

— Le chef confirme, coupa Marcus. On part demain matin. Premier vol pour Cayenne. Il faut vérifier sur place que le moteur n’a pas souffert.

— Je ne viens pas.

— Ta mère part en déplacement. Tu n’as pas le choix.

Sam pivota sur sa chaise. Il croisa les bras, le regard noir.

— Je rate la finale mondiale à cause d’un télescope qui déconne, et en plus tu m’envoies en pleine jungle ? Sans réseau ? Sans connexion ?

— Il y a peut-être le Wi-Fi…

— Tu sais très bien que non. La base est isolée. J’ai vérifié.

Marcus soupira.

— Alors reste chez ta mère. Mais tu seras seul, sans console, sans écran. Elle a des règles strictes.

Sam réfléchit. L’appartement de sa mère, c’était deux pièces exiguës, une vue sur un mur de briques, et un silence pesant. Et surtout, aucun accès à Space Conquest VI.

— Je range ma console, céda-t-il.

Il attrapa sa manette, la caressa une dernière fois. La texture des boutons, le clic satisfaisant des gâchettes, la lumière bleue du pavé tactile. Il débrancha chaque câble avec la lenteur d’un prêtre accomplissant un rituel sacré. La console émit un bip plaintif, comme si elle comprenait la séparation à venir. Sam la glissa dans son sac de voyage, entre deux sweats à motifs pixelisés.

Son téléphone vibra. Un message de FoudreNoire : « GG. Mais t’as pas été au bout. On se rematch quand tu veux. »

Sam ne répondit pas. Il éteignit l’écran, puis la lumière.

— J’espère au moins qu’il y a la cantine, grommela-t-il.

Son père sourit.

— Tu vas découvrir des choses bien plus intéressantes que la cantine, Sam. Je te le promets.

— C’est ce que tu dis toujours. Et à chaque fois, c’est faux.

Marcus ne répondit pas. Il éteignit le plafonnier et ferma la porte.

Sam resta allongé dans le noir. Il pensa à FoudreNoire, au titre perdu, aux heures de sommeil gâchées. Il pensa à son père, à ce radiotélescope déréglé, à cet ordre du chef qui les forçait à partir.

Son téléphone vibra de nouveau. Lucas : « T’as vu le match ? FoudreNoire t’a fumé. Il triche, c’est pas possible. »

Sam sourit dans le noir. Il tapa une réponse : « Je reviendrai. Et je le battrai. »

Puis il rangea le téléphone, ferma les yeux. Les images du jeu défilaient encore derrière ses paupières. Les explosions, les missiles, la flotte ennemie. Et ces voix, ces grésillements, ce code qu’il avait sorti comme un sortilège.

Le sommeil vint pourtant, lentement. Sam glissa dans un rêve étrange. Il était Xyborg, debout sur la passerelle de son vaisseau amiral, mais le décor autour de lui n’était plus virtuel. Une jungle épaisse l’entourait, des arbres immenses, des lianes, des cris d’animaux inconnus. Il essaya de courir, mais les racines s’enroulèrent autour de ses chevilles. Il tomba.

La terre était molle et chaude. Des insectes bourdonnaient à ses oreilles. Il se releva, tourna sur lui-même, cherchant une issue. Rien. Que des arbres, des feuilles, une obscurité verte. Il appela. Personne ne répondit.

Il courut encore, longtemps, jusqu’à l’épuisement. Et quand il s’arrêta, il vit au loin une lumière. Pas une lumière rassurante. Une lueur froide, bleutée, qui clignotait comme un signal.

Il voulut faire un pas vers elle.

Le rêve s’effondra.

Sam se réveilla en sursaut, le cœur battant. Sa chambre. Paris. La nuit. Il était trempé de sueur. Il regarda l’heure : 4h37.

Il se retourna, emporta son oreiller, fixa le plafond.

Ce rêve ne l’avait pas effrayé. Il l’avait intrigué.

Demain, il prendrait l’avion pour l’Amazonie. La vraie jungle. Pas celle des cauchemars.

Dans le silence de la nuit parisienne, le message lumineux de sa console s’éteignit définitivement.

Sam ferma les yeux.

Le réveil sonna vingt-trois minutes plus tard.

— Fin de l'extrait —